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Autisme : la neurobiologie discrédite la psychanalyse - AFG

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Autisme : la neurobiologie discrédite la psychanalyse

vendredi 10 février 2012 , par AFG Webmaster

Grâce aux neurosciences, des stratégies de soins se dessinent, loin des concepts freudiens totalement
dépassés
.

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Le Figaro 9 février 2012
Autisme : la neuroscience discrédite la psychanalyse

Damien Mascret et Martine Perez

PSYCHIATRIE Les premières recherches sur l’héritabilité de l’autisme menées dans les années 1970 ont
démontré que quand un vrai jumeau est atteint, l’autre a 70 à 90 % de risques de l’être aussi, ce taux étant
compris entre 5 et 20 % pour les faux jumeaux. La base des origines génétiques était jetée, anéantissant les
théories psychanalytiques qui faisaient de l’enfant autiste la victime d’un trouble de la communication
maternelle. Depuis, plusieurs équipes dans le monde, notamment celle de Thomas Bourgeron en France, ont
découvert une centaine de gènes en cause dans cette maladie aux multiples facettes et observé qu’un certain
nombre d’entre eux induisaient des altérations de la transmission neuronale au niveau du système nerveux
central
.

Malgré cette évolution conceptuelle majeure au cours des dernières années, grâce au dynamisme de jeunes
chercheurs en génétique et neurosciences
, la France reste le dernier bastion des psychanalystes dans le
domaine de l’autisme
. Des médecins continuent à prendre en charge des enfants malades sur la base de
concepts freudiens ou lacaniens. Pour dénoncer cette situation, le député UMP du Pas-de-Calais, Daniel
Fasquelle, a déposé
fin janvier une proposition de loi visant à « l’arrêt des pratiques psychanalytiques dans
l’accompagnement des personnes autistes, la généralisation des méthodes éducatives et comportementales

et la réaffectation de tous les financements existants à ces méthodes ». Les thérapies comportementales, les
stratégies éducatives, les soutiens psychologiques devraient désormais faire partie intégrante des soins, à
adapter à chaque enfant souffrant d’autisme. « Mais, en l’absence de données statistiques, si l’on en croit les
familles concernées, à tous les guichets où elles se présentent, c’est la psychanalyse qui est mise au premier
plan. Cela, parce que ce type de formation est majoritaire dans les cursus des psychologues qui gouvernent
la prise en charge des enfants autistes », déplore Franck Ramus, directeur de recherche au CNRS.

Pour le Dr Julie Grèzes, du laboratoire de neurosciences cognitives (Inserm) de l’École normale supérieure, il
est plus que temps de tourner la page : « Cela fait vingt ans que l’on sait qu’il y a une racine biologique à
l’autisme. Il y a suffisamment d’éléments neuroscientifiques pour arrêter de culpabiliser les mères ! » À
l’hôpital Robert-Debré (APHP, Paris), le Dr Nadia Chabane, pédopsychiatre spécialiste de l’autisme, est tout
aussi catégorique
 : « L’ensemble des données de la littérature internationale s’accorde sur le fait que les
troubles du spectre autistique sont neurodéveloppementaux
... » Grâce à l’IRM fonctionnelle, l’équipe du Dr
Monica Zilbovicius (psychiatre, Inserm, CEA Orsay) a mis en évidence des anomalies précoces du
fonctionnement d’une partie du cerveau
de l’enfant autiste : le sillon temporal supérieur. Or cette région joue
un rôle majeur dans la perception des mouvements, du regard, du visage. Ainsi, le Pr Ouriel Grynszpan (La
Pitié-Salpêtrière, Paris) travaille avec de nouvelles technologies de stimulation cognitive destinées à aider les
enfants autistes à déchiffrer le jeu des expressions faciales subtiles, riches en informations, qui se passent
dans la région des yeux. « Nous voulons mettre en place une étude basée sur cet entraînement
sociocognitif », a-t-il expliqué il y a quelques semaines lors du colloque annuel du Centre d’expertise national
en stimulation cognitive. Là est sans doute la différence fondamentale avec la psychanalyse : dans les
neurosciences, les hypothèses sont évaluées, corrigées ou abandonnées.

Pourquoi la théorie de l’enfant autiste prisonnier de lui-même à cause de sa mère, popularisée par le
psychanalyste Bruno Bettelheim dans La Forteresse vide, publié en 1967, ne perdure-t-elle qu’en France ? La
réponse est à chercher d’abord chez les psychanalystes, rétifs à toute évaluation de leur pratique. Beaucoup
sont restés sourds à la mise en évidence d’une forte composante génétique de la maladie qui, sans percer le
mystère de ses causes, discréditait les modélisations psychanalytiques.

Quelques-uns restent ouverts à cette évolution. Pour la psychanalyste Marie-Christine Laznik, partisane d’une
intervention précoce et donc du dépistage des troubles de la communication chez les nourrissons, la cause
est entendue : « Bettelheim était complètement à côté de la plaque. Les mères n’ont rien à voir avec l’origine
de l’autisme
 », affirme-t-elle. Une hypothèse qui ne reflète pas forcément les positions d’un milieu
psychanalytique encore souvent hostile aux techniques éducatives et comportementalistes (Teacch, ABA...),
pourtant appliquées avec succès dans de nombreux pays
. En 2007, la revue médicale internationale The
Lancet
s’étonnait de voir une méthode comme le packing (qui consiste à envelopper les enfants dans des
linges humides et froids pour leur faire prendre conscience des limites de leur corps) soit utilisée en routine
en France sans jamais avoir été testée. En France et nulle part ailleurs ! D’autres psychanalystes proposent
encore, là aussi uniquement en France, l’éloignement des parents.

La Fondation FondaMental, dirigée par le professeur Marion Leboyer (université de Créteil), a mis en place
des programmes de recherche et de prise en charge de l’enfant autiste basés sur les voies ouvertes par la
neurobiologie.

Source : Le Figaro du 9 février 2012