Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /homepages/2/d179225619/htdocs/config/ecran_securite.php on line 252
Suzie - un taxi la nuit - AFG

Accueil > FAMILLES - Vie Pratique > Cinéma - Spectacle > Suzie - un taxi la nuit

Suzie - un taxi la nuit

dimanche 19 avril 2009 , par AFG Webmaster

Suzie
Un taxi la nuit

SUZIE

La nuit de l’Halloween. Une chauffeuse de taxi désabusée (Micheline Lanctôt) se retrouve avec un enfant qui ne communique pas et une simple adresse de destination. Pris entre un père qui le largue (Normand Daneau) et une mère épuisée (surprenante Pascale Bussières), l’enfant trouvera un semblant de réconfort auprès de cette femme seule. Avec des moyens limités (mais sans être un film fauché) et une durée restreinte d’une nuit, Suzie s’impose d’emblée comme une oeuvre misant sur l’immédiateté et l’intensité d’une situation souvent intenable pour ses personnages. Film nocturne, d’ambiance et de non-dits, qui implique donc une certaine subtilité malgré un ton très direct et prenant, Suzie brasse le spectateur avant que n’arrive la rédemption.

Un film surprenant mais oh combien réaliste du quotidien où malheureusement les familles dont l’enfant n’est pas correctement pris en charge et accompagné, n’ont pas la chance de trouver une telle SUZIE.

Le fait semble anodin à première vue, mais étonne tout de même lorsque Micheline Lanctôt, pourtant aussi bien connue comme actrice que réalisatrice, l’évoque : "Je n’avais jamais joué dans un de mes films ! Depuis 26 ans que je dis à mes étudiants de ne pas jouer dans les films qu’ils réalisent. Parce que pour moi, c’est quelque chose d’impossible, même si je reconnais le droit à certains réalisateurs de le faire ! C’est pourquoi, sur le tournage, on avait une petite photo de Clint Eastwood et qu’on se disait : "Si lui l’a fait !...""

C’est pour des raisons pratiques, et pour le plaisir de jouer avec Pascale Bussières, qui collabore avec la réalisatrice pour une troisième fois en 25 ans, que Micheline Lanctôt se retrouve donc dans la peau de Suzie. Chauffeuse de taxi visiblement larguée, elle se retrouve le temps d’une nuit la protectrice d’un jeune autiste dont les parents, à bout de nerfs, se déchirent à cause de l’anormalité de leur rejeton.

Même si Suzie est échafaudé autour de trois personnages (celui de Micheline Lanctôt et ceux des parents, Pascale Bussières et Normand Daneau), le pivot de l’histoire demeure sans aucun doute cet enfant légèrement autiste, victime de joutes parentales violentes qui se jouent au-dessus de sa tête et déconnecté du monde qui l’entoure. Jusqu’à ce qu’il rencontre Suzie, qui se reconnaît dans cet enfant blessé et à la dérive. "C’est un rôle très ingrat pour lui, reconnaît la réalisatrice, et Gabriel [Gaudreault] est fantastique ! Son personnage, ce n’est pas un enfant qui est cajoleux, il ne communique pas, il est agressif et, au bout du compte, il n’attire pas la sympathie. Et c’est ce que je voulais !"

Loin d’attirer la pitié, le film de Micheline Lanctôt se veut sec, intense et branché sur des personnages à fleur de peau qui évoluent dans un monde qui semble trop cruel pour eux. Et ce n’est pas pour rien que ces rencontres déterminantes se déroulent durant la nuit de l’Halloween, avec ses hordes de morts-vivants. "C’est un environnement aussi hostile que grotesque, explique Pascale Bussières, et c’est l’humanité entière qui est agressante pour l’enfant. À cause de leur souffrance, de l’abandon et de l’absence de contacts, Suzie et l’enfant se reconnaissent et se réparent mutuellement..."

Source


Le destin est parfois cruel. Depuis le début de 2009, le Québec est plongé dans une série d’infanticides. C’était le sujet du précédent « Le piège d’Issoudun » de Micheline Lanctôt qui a pris l’affiche en 2003 et peut-être bien la conclusion de « Suzie ». Lorsque deux parents (Pascale Bussières et Normand Daneau) se disputent continuellement devant leur fils Charles (Gabriel Gaudreault), la chauffeuse de taxi Suzie (Lanctôt) décide d’amener l’enfant autiste en sécurité...

Pour son retour à la réalisation, Michelle Lanctôt continue d’arpenter des univers sombres où les adultes sont littéralement plongés en enfer. « Pour moi c’est un problème social, soutient celle qui a été découverte dans « La vraie nature de Bernadette » de Gilles Carle. Ce n’est pas individuel ou personnel. C’est ce que j’ai essayé de dire et de faire comprendre dans mes trois derniers films. On a un problème en tant que société lorsque ça devient aussi difficile. Je trouve cela très dommage qu’on applique à ces évènements-là des traitement de faits divers. Ça fait une petite manchette de faits divers et on passe à autre chose. Alors que pour moi, c’est un réel problème de société. C’est un symptôme d’une société qui ne va pas vraiment bien. »

Les récents drames familiaux liés au difficile contexte de la crise économique dotent « Suzie » d’une pertinence douloureusement d’actualité. Des réactions qui sont les conséquences de problèmes internes où la peur prend souvent toute la place. « L’invasion de l’information dans nos vies, ça fait partie des problèmes qu’on a, poursuit la cinéaste, mère de deux enfants. Comment veux-tu survivre quand tu es constamment bombardé de ce genre d’agressions-là ? Je trouve qu’on est dans une société qui est hyper agressante pour les enfants. À trois ans, on leur dit qu’il ne faut pas que personne te touche. On leur enlève leur enfance. C’est terrifiant. Tu arrêtes un enfant dans la rue, il te regarde comme si tu allais le violer sur place. S’il ne te connaît pas, tu ne peux plus parler à un enfant dans la rue. Et bon, c’est ridicule, car 99% des agressions surviennent dans la maison avec du monde connu. Je n’aime pas beaucoup la société dans laquelle on vit. Je trouve qu’elle rend la tâche des parents infiniment ardue et on ne leur donne pas de ressources non plus. »

« Qu’on se réveille et qu’on se dote d’une politique familiale qui a de l’allure. Qu’on arrête de se plaindre qu’il y a une baisse de la natalité et qu’on essaye de réclamer des mesures. Les CPE, c’est une belle petite initiative, mais ça en prendrait 20 000 de plus. Et pourquoi on ne met pas les moyens là ? Pourquoi on n’exige pas aux entreprises qu’il y ait des crèches à la disposition des employés ? Ça me tombe sous le sens. On est très arriéré par rapport à un pays comme la France. »

Parents en crise de nerfs

Pour donner vie à ce couple séparé qui est dépassé par les évènements, la metteure en scène qui a signé « La vie d’un héros » en 1994 a fait appel à Normand Daneau et à Pascale Bussières. L’interprète de Biron de « Grande Ourse » revient donc sur les écrans quelques semaines seulement après l’adaptation cinématographique de la populaire série, dans un rôle beaucoup moins aimable et même détestable. « C’est une situation de crise que le père et la mère de cet enfant-là vivent au moment où ça éclate, note le principal intéressé en parlant de l’engueulade qui se situe au cœur du long métrage. C’est une scène dure, mais c’est une scène nécessaire parce que c’est face à cette situation-là que le personnage de Suzie va commettre cette espèce de geste grave... En réalité, on assiste à quoi ? Deux gens qui sont complètement à bout de nerfs, comme ça se produit souvent malheureusement chez des parents qui ont un enfant qui connaît ces troubles-là d’autisme sévère. Beaucoup de gens vivent ces situations-là vraiment insupportables parce que ce sont des enfants qui nécessitent une constante attention et qui te donnent à peu près rien en retour. La plupart de ces couples-là ne survivent pas à ça... C’est une scène où les gens sont laids, ils disent des choses qu’ils vont regretter après, mais c’est ça aussi dans la vie. On n’est pas dans un drame romantique où tout d’un coup on pleure sur leur sort. Non, c’est ça la réalité. Il y a des situations de même, crues, horribles dans la vie ou tu regrettes et que tu n’es pas fier de toi. C’est là où on les pogne, où on les voit. »

« Je comprends qu’une femme qui a un enfant handicapé, qui est seule, qui n’a pas beaucoup de ressources, qui est impuissante, qui se sent coupable, qui ne se sent pas à la hauteur puisse, à un moment donné, complètement dépassée par les évènements, réagisse de façon violente, car elle est constamment violentée par l’existence, explique Pascales Buissière. En plus le type d’autisme qu’a son garçon est un autisme assez envahissant. Vivre ça du matin au soir, c’est de la torture. J’ai des enfants parfaitement normaux et il y a des bouts où je n’étais plus capable. J’imagine lorsqu’on rajoute à cela un épuisement encore plus grand et les espoirs que le bonheur ne nous visitera plus jamais... »

Pour les besoins du sujet, les acteurs n’ont pas hésité à pousser leur jeu d’une octave dans leurs multiples affrontements verbaux. Les risques de trop en mettre étaient bien entendu présents. « Tu y réfléchis beaucoup, révèle Normand Daneau. Il faut que ta colère soit crédible et qu’elle soit crédible à l’écran. Dans ce sens-là, il faut dire que le réalisateur devient une aide très précieuse, parce que c’est lui ton guide. Des fois ce sont des raisons techniques comme le choix du cadre et aussi la réalisation qui est extrêmement importante. Dans ce sens-là, Micheline a de l’expérience autant comme actrice que comme réalisatrice. C’est la personne toute désignée pour nous amener là-dedans sans que ça dépasse les bornes. C’est un mix d’un paquets de facteurs, l’expérience de l’acteur, la qualité de la direction, le choix de cadrage, tout cela mis ensemble fait que c’est crédible. »

Au féminin

« Suzie » permet également les retrouvailles entre Micheline Lanctôt et Pascales Bussières après leur collaborations remarquées dans « Sonatine » en 1984 et « Deux actrices » en 1993. « Il y a un lien très profond, raconte la Margot de « Belle-Baie ». J’aime beaucoup cette femme-là. Je la trouve passionnante dans sa façon de raconter des histoires. Elle a toujours des histoires incroyables, rocambolesques. Elle a une grande vitalité, qui est très active, battante, qui est comme au front. C’est comme une photographe de guerre. Elle aime ça être sur le bord. Elle se met en danger. C’est une vie dangereuse, éprouvante, je trouve qu’elle se met beaucoup à l’épreuve. Elle est forte, elle en mène large. C’est inspirant. C’est toujours avec bonheur que je la retrouve. Je trouve cela beau de la voir aller sur un plateau de tournage et pour moi ça n’a pas changé entre « Sonatine », « Deux actrices » et « Suzie » ».

Celle qui foulera les planches du Théâtre du Nouveau Monde de Montréal en 2010 dans la nouvelle mise en scène du « Huis clos » de Jean-Paul Sartre est une des comédiennes québécoises à avoir travaillé avec le plus de cinéastes féminines, que ce soit Patricia Rozema, Léa Pool, Denise Filiatrault, Manon Briand, Carole Laure et Micheline Lanctôt. « Il y a certainement une différence comme il y a dans la vie entre les hommes et les femmes. Est-ce qu’on peut faire un tout avec un cinéma de femmes et un tout avec un cinéma d’hommes ? Je ne pense pas. Pour tout le monde, tourner un film est un moment vraiment frénétique. C’est presque être entre la vie et la mort. Il y a quelque chose de crucial, de fondamental. Il n’y a personne qui aborde cela avec beaucoup de détachement... Les femmes sont plus émotives, plus impliquées, plus instinctives. Ça fonctionne autrement. Il y a d’autres affaires qui se mettent en marche. Je les sens plus impliquées dans l’affaire. Les gars aussi. Je ne vois pas de différentes fondamentales. Tout le monde se prend la tête. Il y a toute la même pression, la même urgence de finir sa journée, de faire la meilleure prise possible avec ce qu’on a. Les femmes ne sont pas plus hystériques que les hommes. Il y a des hommes très colériques, des femmes très relaxes. Patricia Rozema est relaxe. Micheline aussi. Denise est un peu plus énervée, mais elle est comme ça dans la vie. Jean Beaudin est énervé sur un plateau. Ça dépend des natures, je ne pense pas que ça dépend du genre. »

Réalité québécoise

Pour jouer, écrire et réaliser, Micheline Lanctôt a eu recours à ce qu’elle appelle « l’énergie du désespoir ». « On est au Québec. Je n’ai jamais d’argent pour faire mes films, je ne suis jamais sûr d’en faire, alors quand j’en fais un, je mets tout ce que j’ai... J’ai décidé de jouer même si ça fait 26 ans que je dis à mes étudiants de Concordia de ne pas jouer quand on réalise. J’étais très inquiète, mais j’ai eu une équipe formidable. Ça fait 12 films que je fais et c’est la première fois que je me sens véritablement portée par une équipe. C’était tous plutôt des jeunes et des jeunes qui avaient déjà travaillé avec des femmes. Je ne sais pas si ça joue, mais sûrement, car ça vraiment bien été. Je n’aurais pas pu rêvé d’un meilleur plateau pour tout ce que je m’étais donné comme travail. Et on était dans des conditions difficiles. Vingt jours de tournage, sept heures par jour pas plus, car on était en plateau français. On tournait de nuit et je ne voulais pas que l’équipe s’épuise à tourner jusqu’à quatre heures du matin. »

« Tout était en location, poursuit-elle. L’appartement, c’est l’appartement d’une de mes amies qu’elle m’avait gracieusement prêtée. Il fallait arrêter à minuit parce que les locataires d’en haut nous tapait sur la tête quand on criait. Avec les scènes qu’on avait à faire là, c’était rock’n’roll. À un million, on ne tourne pas en studio. Je n’ai même pas pu tourner à l’aéroport, car l’aéroport de Dorval me chargeait 15 000$ pour rentrer dans l’aérogare. On a négocié le parking pour 2500$ ! Ce n’est plus possible d’avoir des locations. Ou ça prend des démarches à ne plus finir et on a eu très peu de temps de préparation. »

Un peu comme Angèle Coutu, Micheline Lanctôt n’est toujours pas habituée à la réalité qui attend les actrices de 60 ans. « Cinq jours de tournage en quatre ans, ce n’est pas énorme ! lance celle qui a marqué le petit écran, de « Jamais deux sans toi » à « Scoop » en passant par « Réseaux » et « Omerta ». Je m’ennuie beaucoup. Vieille actrice recherche emploi ! Il n’y en a pas de femmes de mon âge à l’écran. Les femmes et les baby-boomers représentent 50% de la population, mais on n’est à l’écran nulle part ! C’est comme s’il manquait une génération dans la représentation de la société, c’est fou. Je parle pour qu’on ne soit pas juste des grands-mères, mais des personnages comme Suzie. Des personnages à part entière qui ont une vie professionnelle, qui n’ont pas juste une appendice de famille comme dans toutes les séries télé. »

Par Martin Gignac.

source showbizz.net